Le saker francophone, 27 décembre 2015
 
 
Semaine 12 de l’intervention russe en Syrie : zag !
The saker
 
 
Dans la revue de la semaine dernière sur l’intervention militaire russe en Syrie, j’ai écrit que Kerry avait perdu toutes les négociations qu’il avait eues avec les Russes et qu’il détenait un record d’acceptation de A puis, de retour à la maison, de déclaration non-A. Cette fois encore, les Américains n’ont pas changé leur mode de fonctionnement, sauf que c’est Obama lui-même qui a déclaré, une fois de plus, que Assad doit partir. Ce qui a eu pour résultat que certains commentateurs ont parlé de schizophrénie de la Maison Blanche. D’autres, toutefois, ont noté que ce pourrait être simplement une histoire de dénis pour sauver la face. Personnellement, je pense que ces deux explications sont correctes.
 
John Kerry
 
Il ne fait aucun doute que Obama est un président exceptionnellement faible, et même paumé. L’homme a prouvé qu’il n’avait aucune vision, aucune compréhension des relations internationales, sa culture est minimale tandis que son arrogance paraît infinie – tout dans la forme, rien dans le fond. C’est le mélange idéal pour remporter une élection présidentielle aux États-Unis, mais pas pour occuper le Bureau Ovale, c’est aussi une recette pour le désastre. Lorsqu’une telle non-entité est placée au sommet de la branche exécutive du gouvernement, ce dernier n’obtient pas de message clair sur la politique à suivre et, résultat, chacun commence à faire sa propre affaire sans trop se soucier de ce que le POTUS [President of United States, NdT] en pense. Le récent article de Seymour Hersh, Military to Military, est une bonne illustration de ce phénomène. Faible et manquant de vision (ou même ne comprenant rien), le principal souci d’Obama est de dissimuler ses limites, et par conséquent il retombe dans les plus vieilles astuces politiques : il dit à son auditoire tout ce qu’il veut entendre. Il en va exactement de même pour Kerry. Les deux hommes diront une chose aux dirigeants russes et l’exact contraire à un journaliste américain. Cette sorte de schizophrénie est parfaitement normale, en particulier aux États-Unis.
 
Pour reprendre l’expression inventée par Chris Hedges, les États-Unis sont un Empire de l’illusion. La société étasunienne fait preuve, apparemment, d’une tolérance infinie à l’égard du faux aussi longtemps que celui-ci ressemble vaguement au réel. C’est vrai à tous les niveaux, depuis la nourriture que mangent les Américains jusqu’à la manière dont ils se divertissent, aux politiciens qu’ils élisent et à l’invincibilité putative des forces armées pour lesquelles ils paient des impôts. Tout n’est qu’un gigantesque mensonge, mais qui s’en soucie tant que c’est une plaisanterie, un mensonge émotionnellement rassurant.
 
Dans le contexte syrien, cela se manifeste par la capacité d’ignorer les conséquences du soutien au terrorisme au nom de la démocratie, la conduite d’une campagne anti-Daesh qui débouche sur l’augmentation spectaculaire du territoire de Daesh, l’accusation que Assad a utilisé des armes chimiques, et maintenant la politique «Assad peut rester, mais il doit partir» [ou vice-versa, NdT]. Cette capacité à découpler totalement le discours de la réalité peut parfois avoir un effet secondaire positif. Par exemple, même si cette semaine a vu un zag de la part de l’administration étasunienne sur le plan rhétorique, cela ne signifie pas nécessairement que les États-Unis continueront à tenter de renverser Assad. Le contraire est vrai aussi. Le fait que les États-Unis ont dit que Assad peut rester n’implique en aucune manière qu’ils cesseront de tenter de le renverser.
 
Le résultat est le suivant : oui, il y a définitivement eu un zag cette semaine, mais seul le temps dira à combien de zags nous sommes confrontés.
 
Dans ce contexte, je recommande vivement le récent article d’Alexander Mercouris intitulé Russian diplomacy achieved a trio of Security Council Resolutions over the last month which give Russia a decisive advantage, dans lequel il explique comment la Russie a remporté victoire après victoire au Conseil de sécurité de l’ONU. Ce qui est important ici est qu’avec chacune de ces résolutions soutenues par la Russie, le nombre des choix disponibles pour les États-Unis s’est progressivement réduit. Un autre facteur qui réduit leurs choix tient aux succès tactiques de l’armée syrienne, dont les progrès sont lents, mais constants. Le rythme soutenu des frappes aériennes russes a un impact sur Daesh et les Syriens sont en train d’avancer sur tous les fronts. Daesh ne s’est pas encore effondré, mais si les Syriens continuent à avancer comme ils l’ont fait jusqu’ici, leur offensive parviendra finalement à un point critique lorsque la somme de leurs petites victoires (tactiques) déclenchera une réaction qualitative (opérationnelle) et que Daesh commencera à tomber. Bien sûr, les combattants de Daesh auront la solution de se mettre en sécurité en Turquie, en Jordanie, en Irak et ailleurs, mais l’effet psychologique de sa défaite en Syrie sera immense.
 
Il n’y a aucun signe jusqu’à présent d’une possible invasion turque au nord de la Syrie, aucun signe que quiconque pense à imposer une zone d’exclusion aérienne, et hormis le meurtre de Samir Kuntar lors d’une frappe aérienne israélienne, il semble que les S-400 atteignent l’effet dissuasif désiré.
 
Autrement dit, tandis que les dirigeants étasuniens gardent la tête profondément plongée dans leurs propres illusions, les événements sur le terrain renforcent, lentement mais constamment, la position russe et l’attitude que revendique la Russie.
 
Pendant ce temps, les chrétiens syriens qui suivent le calendrier grégorien célèbrent Noël dans les rues de Lattaquié, donnant un signal clair qu’une Syrie multiconfessionnelle continue à exister et qu’elle a un avenir.

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