Cameroun, 2008 - Contre-enquête sur un groupe nébuleux qui fait toujours peur au pouvoir de Paul Biya.





(Jean Marc Soboth)







Contre-enquête sur un groupe nébuleux qui fait toujours peur au pouvoir de Paul Biya

 

Jean Marc Soboth


 

De source exclusive, le chef de l’Etat, Paul Biya, fut lui-même impressionné par la pression médiatique exercée, en quelques années, sur le groupe dénommé G11 (Génération 2011), la nébuleuse constituée, d’après les premières indications, de jeunes loups qui ont cru devoir envisager une alternance au pouvoir en octobre 2011 à la faveur d’une disposition de la constitution du 18 janvier 1996 empêchant l’actuel président de la République de briguer à nouveau la magistrature suprême après deux septennats « supplémentaires » au palais de l’Unité.
Ce dernier avait subséquemment sollicité des « services » toutes les informations à ce sujet. Au début, les membres du gouvernement en riaient, du moins donnaient-ils en l’impression. Un ancien secrétaire général de la présidence de la République, indexé parmi les « papes du G11 » insinuera, en privé, qu’ « il s’agit ni plus ni moins d’une création du journal La Nouvelle Presse de Jacques Blaise Mvié ». Plus tard, au cours d’une cérémonie officielle, le chef de l’Etat donnera, lui aussi, l’impression de corroborer l’ironie. Il tapotera l’ancien secrétaire général de la présidence devenu ministre d’Etat, lui confirmant de but en blanc qu’effectivement, « le G11 n’existe pas. Cela a été créé par la presse ». Tout est donc rentré dans l’ordre.
De nombreux rapports confirmeront l’information de l’inexistence du groupe, non sans prendre les précautions d’usage ; cependant que d’autres, s’obstinant au forcing sur le contraire, seront rangés dans la catégorie d’adeptes du sensationnel. La stratégie, dans le système, consiste à gonfler la dangerosité d’une information pour faire « claquer » un président décidément radin lorsqu’il ne s’agit pas de manoeuvre pour conserver son pouvoir.


 

Existence du G11. Beaucoup contribuent alors à la « négligence » de l’information sur la réalité du G11. D’abord, les médias qui en font état alignent un certain nombre de membres du gouvernement théoriquement censés faire partie du « club », mais qui, à la vérité, ne peuvent se voir en photographie que lorsqu’ils y sont forcés par un conseil de cabinet à l’immeuble étoile ou par un conseil ministériel au palais de l’Unité.
Tout se déroule dans un contexte qui, malheureusement, va vite se dégrader. Des informations diplomatiques occidentales commencent à trop indexer des mouvements de fonds « tropicaux » vers des paradis fiscaux à travers une série de prête-noms et sociétés écrans. C’est la piste du financement du terrorisme, consécutivement aux attentats du 11 septembre 2001 aux Etats-Unis d’Amérique, qui permet ainsi d’enquêter et de remonter les mécanismes complexes du blanchiment de l’argent détourné au Cameroun par des fonctionnaires. La sonnette d’alarme retentit partout où l’on s’étonne qu’un « pays pauvre très endetté » bombarde l’Occident de tant de flux financiers irréguliers.
Sur place, des langues se délient. Un ministre délégué à la présidence appartenant au réseau de la Grande Loge, lui-même cité pêle-mêle parmi les cadres du G11, est accusé de s’être transformé en balance pour le compte du chef de l’Etat. Question de sauver sa propre tête. Beaucoup, qui affirmeront avoir été briefés par le groupe, ont directement rédigé une note d’information au chef de l’Etat, laquelle note spécifiera notamment la liste restreinte des animateurs du mouvement. C’est le cas d’un jeune écrivain actuellement célèbre au sérail. Parallèlement, des manœuvres « diaboliques » ont lieu. Dans un certain sérail, l’on affirme mordicus, entre autres, que le Pr. Joseph Owona a succombé de maladie grave des suites d’un empoisonnement… des membres du G11. Surtout, ledit empoisonnement de l’ancien secrétaire général de la présidence aurait eu lieu en pleine Afrique du Sud par le fait d’un « commando » qui a fait le voyage. L’homme qui est allé se soigner pendant quelques mois dans la Gironde chez ses enfants fut, semble-t-il, considéré comme l’un des pires rivaux de certains pontes du G11, même si l’un des principaux cadres désigné du groupe est allé ensuite se réconcilier avec le malade de Nkomo. Dans les mêmes conditions, l’on affirme que l’ancien ministre et centralien, Justin Ndioro à Yombo, a été purement et simplement empoisonné par le soins du G11 qui craignait en lui un potentiel présidentiable soutenu en Hexagone. Le G11 serait donc un « club » mafieux, sans visages, de type sicilien ?
Dès septembre 2006, à l’occasion d’un remaniement ministériel, le chef de l’Etat Paul Biya qui feignait, jusque-là, de ne pas s’y intéresser, a préventivement décapité le « club » qui fut encore été cité par des mauvaises langues dans le cadre de la rumeur sur le décès dans un hôpital genevois. Pour mettre définitivement fin à l’offensive des jeunes technocrates quinquagénaires fabriqués à coups de décrets présidentiels, le chef de l’Etat leur assène, ainsi, une première salve. Des ministres aussi importants que Urbain Olanguena Awono de la Santé publique, Polycarpe Abah Abah des finances… sont limogés, tour à tour. Tous les anciens ministres soupçonnés de s’activer au sein du G11 sont donc invités à aller mûrir leur projet hors du système. C’est que, Paul Biya aurait entre-temps reçu une petite kyrielle d’informations subsidiaires, au moins sur des déclarations verbales au vitriol de certains opposants du sérail, en ce qui concerne notamment son projet de éternel de 2011.

 

Limogeages insuffisants. Mais l’on se rend vite compte que les limogeages sont insuffisants. Les cadres de l’organisation nébuleuse ont, apparemment, accumulé un peu trop d’argent. Des proches concluent également à l’évidence que le laxisme voulu au travers de la gabegie financière institutionnalisée de l’Etat camerounais, de même que les détournements de deniers publics dans l’impunité totale, furent en fait un piège contre le pouvoir absolu et permanent de Paul Biya. L’opération Main Propre actuelle dont les infractions sont basées, il est vrai, sur des faits avérés, sert à mettre hors d’état de nuire les fonctionnaires quinquagénaires, trop fortunés. L’opération doit se dérouler rapidement car les fortunes risquent de cristalliser une stratégie contre-offensive qui peut être armée. Il est donc définitivement interdit de lorgner une révolution en 2011. D’autant que les Camerounais de l’étranger, « si friands de changement », sont maintenus hors du système électoral mais demeureront, pendant un moment, anesthésiés et bercés par la mélodie des spectaculaires arrestations de l’Epervier de… l’homme-lion, qui, malin, procède à une totale rupture avec sa boutade des années 1987, lorsqu’il déclara rechercher les preuves de la corruption dans son système.
Auparavant, Paul Biya a initié contre vents et marées – et nonobstant les avis contraires d’un certain corps diplomatique accrédité à Yaoundé - une révision constitutionnelle qui a expurgé au forceps la limitation des mandats. Avec une habileté légendaire, il l’a fait oublier. Mais le message de sa succession est clair. Avec le pouvoir discrétionnaire constitutionnel que lui confèrent les réaménagements gouvernementaux, il se réserve le choix du modèle de sa succession. Il n’y aura plus ni G11, ni G18. Et dès lors, toute velléité de conquête de pouvoir est proscrite, et tout postulant à l’alternance s’expose comme étant en état de rébellion ouverte…


 

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