Maroc, mars 2009 - Après quatre ans de clandestinité, l’association des gays marocains « Kifkif » (Egaux), basée à Madrid, veut aujourd’hui sortir du placard, comme le laisse entendre son coordinateur général, Samir Bergachi

 


(Samir Bergachi)





Les homosexuels mettent à l'épreuve la démocratie marocaine

Après quatre ans de clandestinité, l’association des gays marocains « Kifkif » (Egaux), basée à Madrid, veut aujourd’hui sortir du placard, comme le laisse entendre son coordinateur général, Samir Bergachi 


«Je suis venu aujourd’hui pour briser le silence et lever toute équivoque sur les objectifs de notre association». Le propos est de Samir Bergachi, coordinateur de l’association des gays marocains «Kifkif» (Nous sommes tous égaux). Venu à Rabat, en provenance de Madrid où son ONG est basée, le responsable de «Kifkif» a accordé une interview fleuve au quotidien arabophone «Assabah» où il a fait part de la volonté de son association de sortir de la clandestinité. L’ONG veut opérer, comme son titre l’indique, le plus normalement dans son pays, au même titre que les autres associations chargées de la défense des droits de l’Homme. A ce titre, M. Berghachi, 22 ans, annonce avoir pris contact lors de son séjour au Maroc avec les dirigeants de différentes ONG nationales, dont l’Association marocaine des droits de l’Homme de Khadija Ryadi  et «Bayt Al Hikma» de Khadija Rouissi. «Khadija Ryadi, dès que je l’ai rencontrée et jusqu’à la fin de notre entretien, m’a assuré que l’approche de l’AMDH va dans le même sens de la position internationale vis-à-vis des homosexuels», se félicite le responsable de «Kifkif», qui fait état de «progrès» dans la position de l’ONG «Bayt Al Hikma». «Nous nous sommes mis d’accord sur l’organisation d’une série de rencontres sous le thème «Layali Bayt Al Hikma». Nous avons également convenu de mettre le sujet de l’homosexualité au centre de ces manifestations», a-t-il annoncé. «Kifkif» veut parier sur «les ONG jouissant de crédibilité et de bonne réputation au Maroc» pour faire valoir ses revendications. Elle sait très bien que le chemin est semé d’épines de barrières difficilement franchissables. M. Bergachi veut bien l’admettre. «J’ai expliqué à Khadija Ryadi que nous ne voulons pas entrer en confrontation avec l’Etat (…) même s’il existe parmi nous des gens qui se hâtent de dire que nous existons, que nous voulons sortir de la clandestinité, et qu’advienne que pourra», a-t-il indiqué.
Au-delà de la question de l’autorisation, il y a bien un obstacle que l’ONG «Kifkif» aura grand-peine à franchir. «L’AMDH veut lancer une campagne contre la criminalisation de l’homosexualité, c’est une initiative très positive car, l’ennemi réel de l’homosexualité n’est pas la loi mais les mentalités pétrifiées ; notre ennemi n’est pas le régime ni l’Etat, mais bel et bien le malentendu», a-t-il expliqué.
Interrogé sur la création de l’ONG «Kifkif», M. Bergachi a indiqué que l’acte de naissance datait de 2004, année à laquelle plusieurs homosexuels avaient été arrêtés dans la ville de Tétouan. «Tout allait bien avant 2004, nous existions et personne ne faisait attention à nous ou parlait de nous. En réalité, nous étions satisfaits de cette situation. L’Etat ne nous prêtait aucune attention et les intégristes nous ignoraient», met en exergue M. Bergachi. Mais 2004 a marqué l’installation d’une rupture avec le pays d’origine, l’ONG « Kifkif » ayant choisi d’émigrer en Espagne où elle opère depuis cette date de manière légale.

 
Aujourd'hui le Maroc, le 04-03-2009
Par M’Hamed Hamrouch




Mais la lutte ne sera pas facile si même une militante pour les droits de l'homme comme Khadija Rouissi se termine en disant qu'il existe une hiérarchie entre les droits de l'homme et, dans le contexte du Maroc, que l'homosexualité n'est pas à l'ordre du jour. Il ne manque pas d'insultes à l'égard de Samir Bergachi... d'autre part, d'être insulté est le destin de chaque Zemel...




Khadija Rouissi : «Nous ne sommes pas une couverture pour "Kifkif"»

Khadija Rouissi souligne que Samir Bergachi a exploité son association pour promouvoir les idées de «Kifkif» 



ALM : Que pensez-vous du coming out que prépare «Kifkif» ?
Khadija Rouissi : À «Bayt Al-Hikma», nous œuvrons pour la promotion des droits de l’Homme et des libertés individuelles. Aujourd’hui, l’homosexualité n’est pas une priorité et encore moins un sujet de débats à«Bayt Al-Hikma». Au Maroc, l’homosexualité existe, mains on ne peut dire qu’on la défend ou qu’on ne la défend pas ! Ce n’est pas un sujet qui figure sur notre ordre du jour. Par contre, ce que nous estimons en priorité est de discuter de l’attitude et de la manière que les parents doivent adopter quand ils s’aperçoivent que leurs enfants sont des homosexuels. 
   
Vous avez bien reçu le président de «Kifkif»
En tant qu’association défendant les droits de l’Homme, je reçois toutes les personnes qui souhaitent venir nous parler. Mais, ce que Samir Bergachi n’a pas compris, c’est qu’il y a une différence entre ce qu’il pense, d’ailleurs c’est son affaire, et le fait d’utiliser notre image pour promouvoir ce qu’il pense lui ! Je l’ai reçu et je lui ai bien signifié que le contexte actuel de la société marocaine n’est pas favorable à un débat sur l’homosexualité. Il n’a pas le droit d’exploiter notre association pour promouvoir la sienne. Nous ne sommes pas une couverture pour «Kifkif» comme ils veulent faire comprendre au grand public.


C’est pourtant au nom des droits de l’Homme que les homosexuels veulent s’afficher ?

Les droits de l’Homme n’arrivent pas d’un seul coup. C’est une démarche qui nécessite du temps et des étapes à franchir en prenant en considération le contexte. En parlant des droits de l’Homme, je veux attirer votre attention sur le fait que «Kifkif» a utilisé une forme d’agression contre «Bayt Al-Hikma». Nous avons rencontré Samir Bergachi et nous lui avons bien expliqué qu’il n’est pas encore temps d’aborder de pareils sujets. Je pense qu’il n’a pas compris le message. Et pourtant, il s’obstine aujourd’hui à véhiculer une image fausse contre «Bayt Al-Hikma» en mettant l’accent sur une relation entre notre association et «Kifkif». C’est une forme d’agression contre «Bayt Al-Hikma».

 


 
Aujourd'hui le Maroc, le 04-03-2009 
Par  Atika Haimoud

 

 

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