le saker francophone, 17 octobre 2016
 
 
La nouvelle méthode étasunienne de faire la guerre
 
Un article intéressant du New York Times se penche sur la façon secrète dont les États-Unis font désormais, le plus souvent, la guerre. Il prend comme exemple la Somalie, où les États-Unis sont en guerre contre le peuple de ce pays depuis plus de 25 ans. Mais, comme le notent les auteurs, le même modus operandi est utilisé ailleurs.
 
Le contingent militaire européen en Somalie
 
L’administration Obama a intensifié la guerre clandestine en Somalie au cours de l’année dernière, en utilisant des troupes d’opérations spéciales, des frappes aériennes, des firmes privées et des alliés africains dans sa campagne de plus en plus violente contre les militants islamistes dans la nation anarchique de la Corne de l’Afrique.
 
La nation «anarchique» de Somalie continuerait-elle d’être «anarchique» si les États-Unis cessaient leur interminable guerre contre elle ? C’est très peu probable. Sans interférence extérieure la Somalie serait redevenue pacifique depuis longtemps. Mais la guerre continue. Elle n’est pas menée par des forces régulières américaines, mais par des mercenaires, des forces par procurations, des drones et quelques forces spéciales américaines.
 
La Somalie est un exemple de ces «États défaillants» que les États-Unis créent maintenant partout où ils vont. Un «État défaillant» justifie l’escalade. Le «modèle» est appliqué dans le monde entier :
 
    La campagne de Somalie est le modèle de guerre que le président Obama a adopté et qu’il transmettra à son successeur. C’est le modèle que les États-Unis appliquent dans tout le Moyen-Orient et l’Afrique du Nord – de la Syrie à la Libye – malgré la répugnance avouée du président à mettre des «bottes américaines sur le terrain» dans les zones de guerre mondiales. Rien que cette année, les États-Unis ont effectué des frappes aériennes dans sept pays, et ont mené des missions d’opérations spéciales dans beaucoup d’autres.
 
Ces guerres se déroulent la plupart du temps en mode incognito. Le Congrès ne s’y intéresse pas parce que leur impact aux États-Unis est trop faible. Les médias en sont pratiquement exclus. L’argent vient des comptes secrets de la CIA et des forces spéciales, ou est arraché à un État client des Étasuniens comme l’Arabie saoudite. Personne ne sait quelles méthodes de coercition ou d’interrogatoire sont utilisées et, comme ces prisonniers disparaissent dans le donjon de quelque seigneur de guerre local, personne ne le saura jamais :
 
    Environ 200 à 300 soldats américains des Opérations spéciales collaborent avec des soldats de Somalie et d’autres pays africains comme le Kenya et l’Ouganda pour opérer plus d’une demi-douzaine de raids par mois, selon des responsables militaires américains de haut rang. Les opérations sont une combinaison de raids terrestres et de frappes de drones.
 
    La Seal Team 6 de la Marine dont les activités sont classifiées était fortement impliquée dans plusieurs de ces opérations.
 
    À l’issue des opérations au sol, les troupes américaines qui travaillent avec les forces somaliennes interrogent souvent les prisonniers dans des centres temporaires, comme celui du Puntland, un État du nord de la Somalie, avant que les détenus ne soient transférés dans des prisons somaliennes, selon des responsables militaires étasuniens.
 
Les frappes se font au petit bonheur la chance. Peu importe qui est touché, ou pourquoi. On ne se soucie pas de connaître la langue, ni la politique du pays. Personne n’est jamais puni pour avoir fait une erreur :
 
    Un raid aérien du mois dernier a tué plus d’une douzaine de soldats du gouvernement somalien, qui étaient les alliés des étasuniens contre les Shabab.
 
   Les autorités somaliennes outrées ont déclaré que les Américains avaient été dupés par des rivaux claniques qui leur avaient donné de mauvais renseignements, ce qui démontre la complexité de mener une guerre de l’ombre en Somalie.
 
Les responsabilités légales qui vont avec la guerre sont externalisées vers des groupes privés. L’emploi de mercenaires permet de ne plus avoir de comptes à rendre :
 
    À Baledogle, dans une ancienne base russe de chasseurs, à environ 100 km de Mogadiscio, la capitale somalienne, des Marines américains et des contractants privés entraînent une unité militaire somalienne à combattre les Shabab dans tout le pays.
 
    Les soldats de l’unité militaire appelée Danab, ce qui signifie foudre en somalien, sont recrutés par les employés de Bancroft Global Development, une société basée à Washington qui pendant des années a travaillé avec le Département d’État pour former les troupes de l’Union africaine et se mélanger à elles dans des opérations militaires à l’intérieur de la Somalie.
 
    Michael Stock, le fondateur de la société, a déclaré que les recrues de Danab avaient reçu une première formation à Mogadiscio avant d’être envoyées à Baledogle, où les Marines les entraînent plusieurs mois. Les conseillers de Bancroft accompagnent ensuite les combattants somaliens en mission.
 
Mais l’article passe sous silence les opérations médiatiques – ou de propagande – qui accompagnent toutes les campagnes étasuniennes. L’omission n’est pas innocente étant donné que le NYT fait toujours partie intégrante de ces campagnes de propagande. La justification habituelle est le «terrorisme» ou la nécessité «morale» d’éliminer un «régime brutal». L’article liste donc quelques incidents terroristes qui auraient pour origine la Somalie pour justifier la destruction massive et interminable de tout un pays.
 
Le modèle de la Somalie est appliqué en Libye, en Syrie et en Ukraine. Les États-Unis engagent un groupe prêt à mener une guerre en échange d’un bon salaire, de la fourniture de beaucoup d’armes et de la possibilité de – peut-être – obtenir beaucoup de pouvoir. Ils envoient une compagnie de mercenaires pour «former» ces forces, ils embauchent des agences de relations publiques pour fournir l’arrière-plan médiatique nécessaire, les forces militaires américaines sont impliquées discrètement et seulement de loin par des drones, ou en minis formations de forces spéciales qui entraînent et dirigent les forces locales par procuration.
 
La CIA est généralement à la pointe des opérations, avec l’armée des États-Unis qui fournit la puissance de feu quand il faut. Le Département d’État gère les obstacles diplomatiques, dorlote ses forces par procuration et ses soi-disant alliés et, de conserve avec le Trésor, distribue généreusement des sanctions dévastatrices pour plier les gens à sa volonté.
 
La méthode n’est pas différente de celle que les États-Unis utilisaient, au siècle dernier, en Amérique du Sud principalement. Mais les guerres sont maintenant plus ouvertes et plus violentes.
 
La grande question pour le reste du monde est de trouver le moyen de contrer ces guerres sournoises. Il est très difficile de les gagner sur le terrain par la force. Les États-Unis ne changeront pas de cap parce que quelques-uns de leurs mercenaires sont éliminés. La réponse évidente est d’augmenter le coût pour les États-Unis eux-mêmes. Le coup porté doit être assez terrible pour triompher de l’indifférence publique habituelle. Le terrorisme peut être utilisé, et l’a été, aux États-Unis. Mais je m’attends à l’apparition de mesures de rétorsion plus subtiles dans l’avenir. Le domaine de la cybernétique est idéal pour des forces asymétriques. Il suffit de quelques combattants compétents. Les attaques cybernétiques sont difficiles à contrer. Les États-Unis sont probablement la cible idéale pour y créer le chaos cybernétique tandis que les nations qu’ils agressent ne seront pas, pour l’essentiel, gênées par de telles attaques.
 
Peu importe les nouvelles techniques de guerre que les États-Unis utilisent. Ceux qui sont attaqués trouveront toujours le moyen de riposter.
 
Traduction : Dominique Muselet
 
 
 

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