
| Appel pour la défense des libertés individuelles |
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Maroc, janvier 2008 - Au prétexte de “défendre la religion, la morale et la vertu”, les appels à la haine se banalisent, les menaces se multiplient, la peur se répand… Faut-il attendre que la violence éclate au grand jour pour tirer la sonnette d'alarme ?
Si jamais auparavant on n'avait vu une “insurrection” d'une telle ampleur (saluée par un journal islamiste au cri de “grâce à Dieu, il existe encore des hommes dans ce pays” !!), ce n'est pas la première fois au Maroc, loin s'en faut, que des individus se retrouvent ouvertement et nommément menacés par les tenants du “nouvel ordre moral” - l'expression est désormais consacrée. Et l'homosexualité n'est qu'un prétexte parmi d'autres. Chaque jour, sur Internet, fleurissent par dizaines les menaces de mort anonymes contre divers “ennemis de la religion” (clairement nommés, eux). Il suffit, pour accéder à ce statut, d'avoir exprimé une opinion un tant soit peu décalée par rapport aux standards de la morale et de la vertu (tels que les islamistes les définissent). Ou, bien sûr, d'argumenter en faveur de la laïcité - un concept que les intégristes, s'aveuglant obstinément sur sa signification réelle, assimilent automatiquement à l'athéisme. Ce qui, dans leur vision “orthodoxe” de la loi divine, appelle nécessairement la punition ultime. En moins “trash”, mais à plus large échelle, certains journalistes n'hésitent plus à pointer nommément ceux qui, intellectuels, artistes, ou confrères, “attaquent l'islam” - faisant courir de grands risques aux concernés et… les taxant de “lâches” quand ils s'en inquiètent publiquement ! Dans un registre proche, depuis l'affaire des hard-rockers accusés de “satanisme” en 2003, et malgré leur libération rapide suite à la pression de la société civile, l'expression “âbadat chaïtane” (adorateurs de Satan) est devenue un automatisme, dès qu'il s'agit d'évoquer les amateurs de metal qui, chaque année, déferlent par milliers sur le festival musical L'Boulevard, qui leur accorde une place conséquente dans sa programmation. Comment, de retour dans son quartier et parmi sa famille, un simple amateur de rock et de looks extravagants peut-il vivre avec cette étiquette sans finir par se renier sous la pression - ou à tout le moins, devenir paranoïaque ? Des actes de violence isolés, il y en a régulièrement. La presse a ainsi rapporté, il y a quelques mois, le cas de cet habitant d'Agadir qui avait lapidé à mort sa mère qu'il soupçonnait d'adultère. Et chaque année, on décompte de nouveaux morts ou blessés dans les campus universitaires, à l'issue d'affrontements entre étudiants islamistes extrémistes et d'autres, d'extrême gauche (autant dire athées, aux yeux de leurs adversaires). Certains campus sont aujourd'hui des territoires très risqués pour tous ceux qui osent afficher leur désaccord avec les islamistes. Très peu l'osent encore, d'ailleurs. Pour en revenir aux “coupables d'homosexualité” de Ksar El Kébir, et alors que leurs familles n'osent plus se montrer en public, que leurs enfants subissent pressions et quolibets à l'école, Human Rights Watch monte au créneau, demandant l'annulation de la sentence : “Si le Maroc aspire vraiment à être un leader régional en matière de droits humains, il devrait montrer la voie en dépénalisant l'homosexualité”, peut-on lire dans le communiqué de l'ONG américaine. Est-ce trop demander à nos responsables ? “Concernant l'homosexualité, le législateur et la société marocaine s'accordent à la condamner”, a déclaré sans ambages à TelQuel Khalid Naciri, porte-parole du gouvernement. L'Etat serait-il condamné à une attitude attentiste, fataliste, sans aucune possibilité, même minime, de tirer la société vers le haut, notamment en légiférant ? “La locomotive ne peut pas aller plus vite que le train”, rétorque Naciri. Le discours du porte-parole du gouvernement peut-être résumé ainsi : “Quand la société poussera, l'Etat suivra, pas l'inverse !”. Décevant. L'Etat joue la montre, attend, laisse faire, prétendument avec le souci de “préserver la paix sociale”. N'est-ce pas, au contraire, la meilleure manière de la menacer ? Et quid des victimes ? Car même si, depuis la condamnation des six accusés, le soufflé semble être retombé à Ksar El Kébir, rien ne permet d'affirmer avec certitude que la tempête est définitivement passée. Confirmation de Me Sebbar : “Certains des inculpés seront libérés dans quelques semaines. La question en suspens, c'est comment la foule va accueillir ces gens. Qui va les protéger des menaces qui pèsent encore sur eux ?”.
Le fil conducteur qui relie l'affaire de Fès à celle de Ksar El Kébir pourrait s'appeler : négation de la différence, sous couvert de caution religieuse. “L'argument religieux est imparable et certains l'ont compris”, explique l'ethnologue Abdelbaqi Belfqih. Et de poursuivre : “Nous sommes assiégés par une ambiance religieuse. La plupart des biens culturels que nous consommons sont religieux. Idem au niveau du langage, des codes vestimentaires. Dans un tel climat, on se plie à la pratique dominante et on se tait”. En d'autres termes, il faut choisir son camp : se conformer à la masse (et passer inaperçu) ou prendre le risque, en s'exposant, d'assumer sa différence, sexuelle ou autre. Pour le chercheur Mohamed Darif, les évènements de Ksar El Kébir ou de Fès sont le résultat (prévisible) d'une “instrumentalisation des valeurs conservatrices de la société”. Le politologue, qui a toujours développé de fines analyses sur la société marocaine, est catégorique : “Une société conservatrice n'est pas tolérante, par définition déjà”. à lire les conclusions de l'enquête dirigée par Mohamed Ayadi, Hassan Rachik et Mohamed Tozy (L'islam au quotidien, Editions Prologues, 2007), on est tenté de donner raison à Darif. Même s'il ne sonde pas des questions relatives à la sexualité, “L'islam au quotidien” laisse en effet planer le doute quant à la tolérance moyenne (des Marocains) vis-à-vis de la différence. Exemple, ce chiffre : 66% (des sondés) se sentent plus proches d'un Afghan musulman que d'un Marocain de confession juive. Troublant. Bien sûr, le fait que l'islamité soit placée en tête des composantes de l'identité par une majorité de Marocains n'explique pas tout. Islamité rime trop souvent avec normalité, mais où commence l'une et où s'arrête l'autre ? Y a-t-il, à la base, dans les esprits moyens, un clivage, une différenciation entre l'une et l'autre ? Rien n'est moins sûr. “Les manifestants de Ksar El Kébir ne sont pas tous des islamistes, mais ils font partie d'une population musulmane conservatrice”, résume Mohamed Darif. C'est là qu'intervient le rôle des entrepreneurs politiques de la religion. Utilisé comme source de légitimité par l'Etat et les partis, l'islam devient le socle culturel unique de toute la société. Le fond du problème, comme nous l'explique Darif, “c'est que la nature de la culture dominante (religieuse) ne laisse guère de place aux libertés individuelles”. L'Etat aussi y met du sien, lui qui n'est pas exempt de tout reproche puisque l'appareil répressif dont il dispose laisse la porte ouverte à l'immixtion de la morale dans la vie privée des personnes. “A Ksar El Kébir, tout se passe en fait comme si on était en plein ramadan, poursuit Mohamed Darif. Vous pouvez manger chez vous, mais faites-le en public et vous vous ferez lyncher. Si cela advient, vous serez d'ailleurs coupable, aux yeux de la police, d'atteinte à l'ordre public. Alors que vous venez de vous faire lyncher en public !”
Le plus grand terreau de l’indignation facile reste Mai 2007, le groupe Hoba Hoba Spirit se produit sur une scène de la ville de Settat. Le journal apparenté au principal parti islamiste saute sur l'occasion : “Lors du concert, les habitants de la ville de Settat ont perturbé la prière”. Comble de la surenchère, le journaliste y va de sa précision, déclarant que les empêcheurs de prier en rond auraient escaladé un minaret, nus comme des vers. Incroyable ! Commentaire de Réda Allali, leader des Hoba Hoba Spirit : “C'est très simple, ce qui a été rapporté par ce journal n'a bien sûr jamais eu lieu, c'était du délire, de la pure fiction”. Mais le lecteur lambda n'a pas toujours la possibilité de faire la part des choses, surtout quand les “informations” se rapportant à un genre d'activité (la musique par exemple) sont toujours abusivement déformées. Et là, on est aux frontières de la manipulation. “Les gens en général ont un imaginaire construit sur l'ignorance. Les responsables de ce type de journaux ont tôt fait de tirer profit de l'absence de sens critique de leurs lecteurs”, analyse l'ethnologue Abdelbaqi Belfqih. Quoi de plus dangereux, alors, pour un journal que de vouloir, au détriment de la vérité, coïncider à tout prix avec la pensée de Monsieur tout le monde ? Et de faire rimer objectifs commerciaux avec propagande et rejet de l'autre… Comment en sortir alors ? En proposant de nouveaux modèles culturels aux jeunes, par exemple. Là encore, le constat n'est pas réjouissant. Apparus sur la (nouvelle) scène marocaine, plusieurs groupes de rap revendiquent un point de vue impertinent. Normal pour un genre artistique, le rap, né pour bousculer la bienpensance. Dans les faits, et de plus en plus, il n'est pas rare que la soupe soit pourtant servie… avec un mélange de patriotisme et de discours moralisateur sur les “filles qui traînent dans les rues”. C'est le rap taqlidi, celui que l'on peut “écouter en famille”, avec force clichés et surenchère moralisatrice. “Des artistes se sont recyclés en redresseurs de consciences pour développer le même discours que ceux qui les attaquent, comme s'ils cherchaient ainsi à les amadouer”, nous explique Mohamed Meghari, alias Momo, organisateur du Boulevard des jeunes musiciens. Le phénomène, hier encore confiné à la seule “chanson traditionnelle”, s'étend aujourd'hui au rap, dernier des remparts supposés imprenables. C'est dire. Dans le cinéma, la poussée d'intolérance est aussi une réalité, ressentie par les artistes. On se souvient que dans Wake up Morocco (2006), la réalisatrice Narjiss Nejjar filmait une jeune femme tenant tête à un groupe de fanatiques qui tentent d'empêcher par tous les moyens la projection d'un film dans l'enceinte universitaire. Entre la fiction et la réalité, il n'y a qu'un pas. Le cinéaste Ahmed Boulane en sait quelque chose. “Le sentiment général est celui d'un recul des libertés. Tout le monde le sent, et le vit au jour le jour”. Depuis quelques années, les attaques contre les films et leurs auteurs sont pléthore. Le réalisateur de Ali, Rabiaâ et les autres se souvient : “En 2005, mon film (ndlr : dont le scénario revisite l'atmosphère jouissive des seventies) était projeté à l'Université Hassan II de Mohammedia. Une vingtaine de barbus ont interrompu la projection dans un amphithéâtre et ont même réussi à emporter le projecteur de 35 mm”. Le lendemain, Ahmed Boulane est retourné sur les lieux pour s'expliquer avec les “vandales”. “La plupart ont avoué n'avoir jamais vu le film. Ils m'ont dit avoir simplement agi sous l'influence d'articles incendiaires parus dans une certaine presse”. Younès Moujahid, le secrétaire général du Syndicat national de la presse marocaine (SNPM), ne dit pas autre chose, lui qui dénombre plusieurs cas de “dérapages”. Il en souligne le péril : “Quand on passe de l'information à la propagande, c'est un glissement déontologique”. Certains titres de presse se sont acharnés, de manière aussi sélective que perverse, sur des personnes ciblées, en brandissant les mêmes accusations : atteinte au sacré (Dieu et son prophète), alliance avec les sionistes, islamophobie, etc. Avant même sa sortie en salles, le film Marock de Laïla Marrakchi s'est pris une volée de bois vert lors du Festival de cinéma de Tanger, en 2005. Un membre du jury menaçant même ses collègues de les traîner dans la boue, s'ils accordaient une récompense au film. L'homme a fait du chemin depuis, lui qui a construit son fonds de commerce à partir des attaques personnelles contre les uns et les autres, toujours au nom de la supposée bonne morale. Younès Moujahid explique dans un mélange d'étonnement et d'indignation : “Ces journaux relatent des faits qui se déroulent dans la sphère privée en les qualifiant d'offensive (houjoum) contre les valeurs de la société, se focalisant sur des sujets sensationnalistes. Cela a pour conséquence directe de mettre les gens ciblés en danger”. Danger, le mot est lâché. Directeur de la publication Attajdid, un quotidien qui a souvent pris pour cible festivals et films “incitant à la débauche”, Mustapha Khalfi se défend : “On ne peut pas taxer de populisme un journal tiré à 10 000 exemplaires à peine. On ne critique pas le fait qu'un festival programme un film israélien. En revanche, si c'est un film sioniste, c'est autre chose, car il s'agit d'une idéologie raciste”. Pourtant, le film franco-israélien Les méduses (Etgar Geret, 2007), qui n'a rien de sioniste, n'a pas reçu de visa d'exploitation, et n'a donc pas pu être projeté dans le cadre du dernier Festival Casa ciné en octobre 2007. En résumé, le film, une simple chronique sociale ayant pour cadre Tel-Aviv, a été déprogrammé à la dernière minute, alors qu'il faisait partie de la sélection du Festival. “Cela intervient suite à une cabale orchestrée par des journaux populistes”, confie cette source au sein de l'équipe d'organisation. La censure des Méduses reste, dans tous les cas, une première, et crée un précédent. Inquiétant pour un pays qui a toujours su faire le dos rond durant les périodes de grande crise “identitaire” (guerre du Golfe, conflit israélo-palestinien). L'inquiétude aujourd'hui est réelle. Et profonde. C'est un processus complexe, lié à la manipulation des esprits, à la puissance de l'environnement quotidien, mais aussi au background culturel de tout un chacun. C'est sans doute cette complexité-là qui fait dire à Hicham Abkari, responsable de l'animation culturelle de la ville de Casablanca, un homme connu pour sonder la température et le pouls tant de la jeunesse (artistes, public) que des officiels qu'il côtoie tous les jours : “Les gens qui appellent à la haine sont sincères. Ceux qui appellent à la tolérance le sont moins”. Hélas, c’est souvent vrai. Les propos de Hicham Abkari nous invitent à une psychanalyse générale, nationale. Le passage sur le divan est indispensable pour mieux comprendre tous les ressorts, tous les enchaînements, qui nous amènent aujourd'hui au seuil de l'intolérance et, disons-le, de la violence. Dieu reconnaîtra bien sûr les siens mais, ici-bas, les hommes jugent et condamnent à l'emporte-pièce.
Les responsables de la rubrique “mina l’qalb Ila l’qalb”, le courrier du cœur du quotidien Al Ahdath Al Maghribia, ne comptent plus les coups de fil de menaces et d'intimidations. “Il y a eu une période de légère accalmie mais, depuis qu'on a instauré le numéro vert, les appels (et les insultes) ont repris de plus belle”, nous confesse ce responsable. Une allusion qui prêterait à sourire, si ce n'étaient les dangers réels encourus par les journalistes du quotidien. Le 5 janvier 2004, Mohamed El Brini, directeur de la publication, reçoit un colis piégé sous la forme d'une lettre de vœux à l'occasion du Nouvel An. Le préposé au courrier est précautionneux, il n'ouvre pas le colis suspect. Son examen par la police scientifique de Casablanca révèlera que le paquet renfermait bien des explosifs et était doté d'un système de mise à feu à l'ouverture. Quelques mois plus tard, en novembre 2005, Saïd Lakhal, collaborateur du même journal, et chercheur spécialisé dans les mouvements islamistes, est menacé de mort par des radicaux qui l'accusent d'apostasie. à cause de la teneur de ses analyses politiques réputées peu tendres envers le radicalisme religieux et politique...
APPEL POUR LA DEFENSE DES LIBERTÉS INDIVIDUELLES
À cause des goûts, croyances, opinions ou choix de vie personnels de ces derniers, on les accuse d'“offenser les sentiments des musulmans” et de “menacer les valeurs traditionnelles des Marocains”. Sous le prétexte de “protéger la morale et la vertu”, certains n'hésitent plus à prononcer, ouvertement ou de manière détournée, des sentences d'excommunication (takfir) à l'encontre desdits “déviants”. Ce qui consiste, clairement, à appeler à la violence physique à leur encontre, voire à menacer leur vie. Au vu de leurs conséquences, ces campagnes de stigmatisation religieuse, suscitées et relayées par divers groupes intégristes, sites Internet et titres de presse, constituent autant d'atteintes graves à un principe fondamental et universellement reconnu : celui des libertés individuelles. La multiplication de ces campagnes, conjuguée à la passivité des autorités, a fini par installer au Maroc un réel climat de terrorisme intellectuel. Un grand nombre d'artistes et créateurs, penseurs, écrivains, journalistes, ou simples citoyens aux goûts et choix de vie personnels jugés “déviants”, subissent aujourd'hui, du simple fait de l'exercice de leurs libertés individuelles, une pression considérable. À de multiples reprises, cette pression a engendré des actes de violence qui sont allés dans certains cas jusqu'au meurtre. Elle a même abouti, dernièrement, à des émeutes, pillages et destructions de biens privés par une foule manipulée, chauffée à blanc et sur le point de procéder au lynchage public de prétendus “déviants”. La pression était telle que l'Etat s'est vu acculé, pour “calmer la foule”, à libérer les émeutiers appréhendés, puis à juger et condamner sans preuves… les victimes de cette hystérie collective ! Nous vivons aujourd'hui dans un climat de haine et d'inquisition qui, à terme, met en danger la paix civile au Maroc. Nous, signataires de cet appel, 1. Attirons l'attention des autorités et de l'opinion publique sur l'extrême danger de cette situation, qui ne cesse d'empirer ; Un comité de suivi de “l'appel” sera constitué, et annoncera son programme de travail dans les prochaines semaines. Pour vos idées et contributions, Cet e-mail est protégé contre les robots collecteurs de mails, votre navigateur doit accepter le Javascript pour le voir
Cette doctrine, qu'il s'agit désormais de revendiquer haut et fort, porte un nom : cela s'appelle les “libertés individuelles” - et ce n'est d'ailleurs pas un concept totalement étranger à nos mœurs politico-sociales. Au Maroc, le respect et la défense des libertés individuelles sont réclamés par la très officielle Instance équité et réconciliation (IER), dont les recommandations ont été émises sous l'égide de l'Etat - et même du roi. Et bien avant cela, ils avaient été réclamés à cor et à cri par une multitude d'ONG marocaines qui défendent les droits de l'homme - dont les libertés individuelles font intrinsèquement partie. L'idée, en deux mots : chacun a le droit de vivre sa vie privée comme il l'entend, sans être jugé ni diabolisé par les autres. Certes, nous vivons dans une société globalement conservatrice, l'ignorer serait s'aveugler. Selon le principe démocratique de base, la minorité doit respecter l'opinion de la majorité. Mais selon le même principe, la réciproque doit être tout aussi vraie. Or, cette règle démocratique fondamentale, l'Etat a tendance à l'oublier, dès lors qu'il se trouve un tant soit peu embarrassé - comme c'était le cas après la scandaleuse “chasse à l'homo” de Ksar El Kébir, en novembre dernier. Voilà donc la raison d'être de cet “appel pour la défense des libertés individuelles” : donner corps à ce concept, au Maroc, montrer qu'il est soutenu par une large partie de notre intelligentsia et de notre élite - et, in fine, dire aux intégristes, aux populistes, et aux propagateurs du nouvel et (dangereux) ordre moral : “Vous n’êtes pas seuls”.
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